L'océan a été plutôt clément avec nous, comme Jean-Marie nous l'avait souhaité. La stratégie du capitaine s'est révélée, comme toujours, efficace, opérante et l'équipière est restée souriante en toute circonstance.

Et puis, une fois encore, Marie-No avait raison : les Açores sont une vraie récompense !

Je vous livre un petit bilan, c'est technique et sans émotion.

Dans le billet suivant Jean-Claude explicitera ses choix stratégiques.

1- Durée, distance, trajet, stratégie

Nous sommes partis de Saint-Martin le 21 mai 2012 à 16 heures TU et sommes arrivés à Flores, l'île la plus Nord Ouest de l'archipel des Açores, le 6 juin 2012 à 10h30 TU.

Notre voyage aura duré 15 jours et 14h30 soient : 374,5 heures (200 heures de moins que pour la transat aller).

La route directe était de 2113 miles nautiques.
Si nous faisons la somme des distances journalières nous avons parcouru 2163,5 miles nautiques. Cela signifie que notre trajet en arc de cercle était plutôt bien calculé. En effet, sur une sphère, le chemin le plus court n'est pas la ligne droite !

Nous avons réalisé une moyenne de 138 miles par jour (de 128 nm pour la performance la plus faible à 147 nm pour la meilleure performance). Finalement, 5,77 nœuds de moyenne sur l'ensemble du parcours. Nous avons été un demi nœud plus rapide qu'à l'aller !

En terme de stratégie il fallait aussi, bien évidemment, tenir compte de la météo.

Au départ de Saint-Martin le vent était plein Est (avec peut-être même une pointe de sud) ce qui nous a permis, alors que notre bateau n'est pas une bête de près, de remonter sans difficulté du 18°N au 27°N, pendant les 5 premiers jours. On a même gagné dans l'Est, passant, dans le même temps, du 63°W au 57°W.

Lorsque nous sommes entrés dans la zone sans vent, l'anticyclone était allongé comme une galette. Il occupait quasiment tout l'océan d'Est en Ouest mais était relativement plat dans le sens Nord -Sud. Le capitaine a décidé de le traverser en faisant cap direct sur Flores. Sur mer d'huile, à 1700-1800 tours, le Yanmar nous a maintenu sur la route à au moins 6 nœuds avec une dépense de carburant raisonnable, largement compatible avec nos réserves. Le franchissement de l'anticyclone a duré 3 jours où nous sommes passés du 27°N au 30°N et du 57°W au 50°W. Donc peu de Nord et beaucoup d'Est dans cette partie.

A cette latitude nous avons touché les vents d'ouest, les vents portants. La stratégie a consisté à rester un peu en dessous du 33°N pour laisser passer un train de dépressions et éviter les vents forts et les grosses vagues qui vont avec, puis à faire route directe dès que les conditions l'ont permis.



2- Vie à bord



Deux points très importants en longue traversée : se nourrir, dormir.

Comme toujours sur Doug Le, la nourriture a été soignée.
Le chef a cuisiné tous les repas (midi et soir) sauf 2.
Seulement deux poissons péchés dans la troisième partie du voyage, mais nous avions des réserves carnées suffisantes. En effet, à Saint-Martin, côté Marigot, le boucher de la rue Concordia fait venir la viande directement de Rungis et vous la met sous vide. On la paie cher mais ça vaut vraiment la peine, à condition d'avoir un bon frigo.
Nous avons mangé le rôti de veau une semaine après notre départ et le poulet au bout de 15 jours : conservation parfaite et repas délicieux !
Les fruits et légumes se sont conservés jusqu'au bout, sans perte, et le pain dit « bateau » de la boulangerie Sucrerie a tenu 15 jours.

La veille de nuit s’est organisée de manière spécifique, comme à l'aller. En effet, lorsqu’on navigue près des côtes, ou en zones fréquentées, il faut impérativement exercer une veille attentive de l’environnement : les autres bateaux. Même si nous sommes maintenant équipés AIS aussi bien en émission, pour être vu, qu'en réception, l’objectif est de parer une éventuelle collision notamment avec les bateaux locaux, de pêche en particulier, qui eux ne sont pas équipés en AIS. Dans le même temps on surveille la bonne marche du bateau. Dans ces cas-là, nous restons éveillés et alternons la veille toutes les deux heures.
En haute mer, lorsqu’on ne croise un cargo que tous les dix jours (cargo qui par ailleurs est signalé de façon sonore par l’alarme AIS) c’est la bonne marche du bateau qui importe : réduire sous les grains, éviter l’empannage …Là, le capitaine dort dans le cockpit…prêt à intervenir ; il me laisse la couchette de mer.

Nous avons « vu » des cargos sur l'écran de l'ordinateur, nous en avons aperçu deux, au loin, avec nos yeux (et encore peut-être était-ce parce que nous les guettions après les avoir repérés sur l'écran de l'ordi!), un seul nous a croisé à moins d'un mile (mais un mile ça laisse de la place entre deux bateaux!).

Dans la journée, on se repose autant et aussi souvent qu'on peut ! Objectif : ne pas manquer de sommeil !

3- Communications

L’Iridium est une merveille : nous avons pu envoyer et recevoir des messages tout au long de la traversée.
Seule précaution : nous n'avons pas multiplié les envois individuels mais adressé un message tous les deux jours à notre fille chargée de le rediriger vers la famille et les amis. Ce fut parfait !
Nous avons effectué des requêtes météo tous les jours.
A l'arrivée, le bateau voisin qui râlait beaucoup sur l'Immarsat nous a confirmé dans notre choix d'Iridium : c'est éprouvé, fiable, le transfert des donnés est très au point.
Pour les requêtes météo nous étions, comme à l'aller abonnés, à navimail. Cette fois-ci le service a fonctionné jusqu'au bout et nous avons utilisé de mieux en mieux les possibilités offertes.

4- Avaries

Aucune : nous avons cassé un verre à vin Amel ! Dans le roulis ! Il nous en reste deux.

Nous sommes un des rares bateaux à être arrivé sans avoir rien abîmé, sans avoir rien mouillé.
Nos voisins du J Boat 130, ont mouillé toutes les couchettes et aussi quelques coffres (cabine arrière, cabine avant et carré!) et le séchage est très laborieux.

Nos autres voisins ont cassé une bastaque ce qui a endommagé leur bimini. Le Suisse qui nous a accueilli à couple à notre arrivée a endommagé une voile et perdu son moteur hors-bord...

Par ailleurs, lorsque nous voyons les autres bateaux arriver, l'équipage est équipé de pied en cap , salopette et veste de quart. Les marins se sont manifestement mouillés. Jean-Claude n'a porté sa salopette qu'une nuit, moi je n'ai pas eu besoin de la sortir de son équipet !

Ça ce sont les avantages du Sharki :

  • pas de problème de structure : la solidité de la construction, des liaisons coque-pont, la conception des ouvertures, nous mettent à l'abri des voies d'eau
  • le cockpit profond et la casquette nous font une quasi timonerie intérieure.

Pour le reste, la préparation initiale et la conduite raisonnable du bateau, surtout la nuit, y sont sans doute pour quelque chose.

5- Santé

A part mon entorse qui s'est très vite résorbée, aucun problème physique ou physiologique à signaler : juste un peu de fatigue à l’arrivée.

Aucun problème psychologique non plus. Pour nous, coupure d’avec le reste du monde, solitude à deux, sont au coeur des plaisirs de la traversée.

6- Culture

Comme à l'aller :

  • Musique : pour les deux
  • Lecture : pour les deux. Je finis mon stock de bouquins « papier » tandis que Jean-Claude est passé définitivement à la liseuse
  • Écriture : pour moi


7- …et maintenant !

Découvrir les Açores !

8- Si c'était à refaire

Nous (là il faudra à nouveau une écriture à quatre mains) ferons un billet sur ce thème à la toute fin du voyage lorsque la boucle sera complète.