Saint-Martin -Les Açores : la traversée atlantique retour. Du 29 mai au 06 juin 2012, dernière partie, poussés jusqu'à Flores par les vents d'ouest.

Mardi 29 mai 2012

Le vent est toujours d'Ouest autour de 15 nœuds. Nous naviguons à 6 nœuds, voiles en ciseaux, génois tangonné au vent, tout déroulé, et Grand Voile déployée de l'autre côté avec une retenue de bôme pour éviter les conséquences d'éventuels empannages intempestifs.
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Les vagues arrivent et le roulis s'installe. Pas trop important pour le moment.

12h : rituel position et communication :
30°40'N – 50°51'W
distance parcourue en 24h : 138 nm

A 20h, il reste 1052 miles nautiques à courir, nous sommes à la moitié du voyage.

21h : nous faisons les manœuvres de voile pour la nuit. Nous réduisons la toile par précaution car le vent doit forcir et les vagues ont franchement grossi...ça roule ! Mieux vaut éviter les sorties acrobatiques sur le pont pendant la nuit !

Nous faisons également tourner un peu le moteur, non pas que son bruit nous manque mais il faut recharger nos batteries service. Au plein vent arrière l'éolienne ne donne rien ou presque alors, pour peu qu'il y ait quelques nuages, les panneaux solaires ne suffisent pas. Il faudra sans doute qu'on mette en veille notre ordinateur. C'est un bel instrument de navigation mais il est un peu gourmand en énergie. On ne l'ouvrira que de temps en temps.

C'est une belle journée, soleil, vent, vagues qui s'achève.

Le soir nous sortons les polaires...ça y est il fait plus frais, on remonte dans le Nord !

Mercredi 30 mai 2012

Dans la nuit nous avons passé le cap des 1000 miles, le compteur n'a plus que trois chiffres. Décidément on avance !

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C'est une matinée pleine de grisaille et de bruine. Serait-on remonté trop au Nord ? Du coup les activités de lecture et d'écriture se font dans le carré, à l'abri.

12h TU : rituel position et communication :
31°39'N – 48°20'W
distance parcourue en 24 h : 145 nm

Les requêtes météo et les messages d'Yves nous confirment dans notre stratégie : cap au 60°

Les messages de Sylvie nous amènent de gentilles nouvelles de la terre. Il n'y a pas d'autres nouvelles que celles arrivées par Iridium. Nous ne sommes pas parvenus à prendre RFI ! Cela n'a sans doute pas grande importance car à l'aller en décembre 2010 où le service météo était encore en fonctionnement nous avions pris RFI tous les jours, météo et infos : pour la météo les données étaient exactes mais pour les nouvelles du monde...ils avaient juste oublié de nous dire que la révolution tunisienne avait abouti à la destitution de Ben Ali ! Arrivés en Martinique le 15 janvier 2011 nous en étions restés à quelques troubles...de printemps arabe point, diplomatie française oblige !

A partir de 14h le bateau est réglé pour le vent de travers. Il avance régulièrement entre 5 et 6 nœuds. La houle s'est un peu amortie ou allongée, le soleil a refait son apparition, il fait doux, on est bien.

Dans ces conditions la nuit est aussi sympa que le jour, pas de grain, pas de froid : l'équipage a bien dormi.

Jeudi 31 mai 2012

Les jours rallongent nettement. Le soleil se couche de plus en plus tard et se lève de plus en plus tôt, nous retrouvons des aubes et des crépuscules, ces temps de la journée qui n'existent pas sous les tropiques...nous allons bien dans la bonne direction vers l'Est, le Nord et l'été des latitudes tempérées.

Les oiseaux nous suivent...attirés par nos leurres. pourvu qu'ils ne se fassent pas prendre à l'hameçon !

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12h : rituel position et communication :
32°45'N – 46°10'W
distance parcourue en 24h : 130 nm

Ce matin nous avons reçu des félicitations de notre « routeur » pour la beauté de notre trace entre les Antilles et la France. Merci Yves nous allons essayer de la terminer aussi bien que nous l'avons commencée.

Aujourd'hui, il fait un grand soleil et les panneaux donnent à plein. Nous tenons l'ordinateur en veille et contrôlons à nouveau la situation sur le front de la consommation électrique.

Maintenant une grande houle nous accompagne. Les creux sont de 3 mètres et la période d'une dizaine de secondes ce qui la rend douce en terme de pente mais ça n'empêche pas le bateau de rouler. Alors on roule ! Certaine fois, faire la cuisine devient une spécialité qui relève des arts du cirque, comme le dit mon capitaine, chef cuistot-trapèziste. Pour l'instant il assure, la cuisine de bord est toujours aussi bonne.

Nous traçons à la voile avec une belle régularité.

Vendredi 1er juin 2012

Toute la nuit le bateau a marché fort. Le vent et la houle varient en intensité passant de 15 à 25 nœuds pour le vent et de 1,5m à 3m pour la houle. Doug Le encaisse bien et fait de bonnes moyennes.

Du coup à 9h 47 il reste exactement 700 miles nautiques à courir, nous entamons le dernier tiers du voyage.

Ce matin il fait très gris et nous sommes à nouveau obligés de faire tourner le moteur une petite heure pour remettre à niveau nos batteries.

12hTU : rituel position et communication :
33°40'N – 43°28'W
distance parcourue en 24h : 147 nm

Nous ne sommes pas montés trop vite vers le Nord, le temps de laisser passer un train de dépressions et les très grosses vagues qui vont avec. On fera du plein Nord s'il le faut quand le calme sera revenu. Il paraît qu'une course de voiliers nous précède sur la route. Ils auraient pris du vent fort ! (message de Danièle et Jean-Charles un peu inquiets). Nous supposons que pour faire la course ils ont cherché le vent, sur une route beaucoup plus Nord que la notre et, bien sûr, ils l'ont trouvé ! Il ne nous reste plus qu'à souhaiter qu'il n'y ait pas eu de casse chez eux. En revanche on aimerait bien savoir si tous ces bateaux vont faire escale aux Açores et si oui dans quelle île...les marinas sont si vite saturées quand 300 bateaux déboulent ! On aimerait autant éviter la cohue après cette longue solitude à deux !

Au déjeuner, le chef, de plus en plus à l'aise dans le roulis, nous a cuisiné une tortilla à sa façon : en plus des pommes de terre, il a rajouté un peu de jambon serrano et quelques morilles à l'omelette...exotique le milieu de l'atlantique pour déguster ça !

Progressivement le temps se dégage et le soleil nous réchauffe tout l'après-midi. On se paie le luxe d'une bonne douche dans le cockpit !

La vie à bord continue, dans le roulis plus ou moins fort, entre lectures, écriture, rêveries et bien sûr conduite du bateau.

A propos de lecture, j'ai commencé un gros livre savant, L'origine des systèmes familiaux, Tome 1, L’Eurasie, d'Emmanuel TODD. Je me suis dit que le temps long de la traversée serait propice à la lecture de ce type d'ouvrage. C'est très intéressant et très sérieux, du coup je lis des petits livres rigolos en parallèle. Je vous raconterai tout quand j'aurai terminé le TODD et les autres !

21h, des dauphins tachetés viennent jouer avec notre étrave. Ce sont les premiers cétacés qui nous approchent depuis Saint-Martin. Il serait normal qu'on en observe de plus en plus, les Açores sont réputées pour en héberger un très grand nombre d'espèces. En soirée, le vent faiblit de plus en plus, comme prévu, il devrait s'orienter au Sud Ouest, puis fraîchir demain. Nous changeons d'amure. Pour l'instant les prévisions météo ont été d'une précision exceptionnelle. C'est très rassurant et très utile en terme de stratégie. Le capitaine choisit la route en tenant compte de ces données...à 50 miles près les conditions de navigation peuvent évoluer notablement et passer du confortable au maniable et du maniable au rude. Jusqu'à présent il nous a évité le rude.

Samedi 2 juin 2012

Le vent est bien passé Sud Ouest, nous naviguons foc roulé tangonné à tribord, Grand Voile arrisée. Nous avançons bien, 6-7 nœuds.

9h30, Jean-Claude remonte une bonite à ventre rayé, les meilleures. Petit poisson d'1 kilo : en 3 minutes il est à bord, 10 minutes de plus et il est vidé et mis au frigo !

Au fait, la course qui est passée sans nous voir était la Volvo Ocean Race...là bien sûr on s'incline. D'ailleurs les bolides sont déjà arrivés à Lisbonne ! Ils ne nous auront pas beaucoup gêné !

12h TU : rituel position et communication :
34°22'N – 40°40'W
distance parcourue en 24h : 147 nm

Il reste 550 miles nautiques pour Flores.

Dans l'après-midi, le vent de Sud Ouest fraîchit, 20-25 puis 30 nœuds. Il génère des vagues courtes qui viennent croiser la grande houle de Nord Ouest ce qui nous chahute d'un bord sur l'autre. Le bateau, très arrisé, avance vite, 7, 8 des pointes à 10 mais il faut surveiller son comportement sans arrêt car il a tendance à partir, soit au lof soit à l'abattée, et le pilote ne rattrape pas toujours les écarts de route !

Belles vagues

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Nous fatiguons un peu mais savons qu'en début de soirée le vent va mollir puis s'infléchir Ouest...et c'est ce qu'il fait. A partir de 21h les éléments s’apaisent très très progressivement.

Et le chef n'a pas cuisiné : ce soir pique-nique...en général c'est un signe !

Dans la nuit, le vent continu de baisser mais il pleut, il ne fait pas très chaud. La veille dehors est désagréable.

Dimanche 3 juin 2012

Le capitaine a mal dormi. Il faudra lui laisser faire plein de siestes aujourd'hui.

Le temps est tout à fait maniable, vent autour de 15 nœuds et houle longue et régulière. Le bateau navigue sans effort.

C'est notre deuxième dimanche en mer et nous téléphonons à nouveau à nos mamans !

12h TU : rituel position et communication :
35°35'N – 38°13'W
distance parcourue en 24h : 140 nm

Journée tranquille où l'équipage se repose et se nourrit excellemment. A midi après le poulet aux Cèpes nous avons dégusté notre dernière mangue. Elles auront tenu pratiquement deux semaines pour notre plus grand plaisir. Ne vous inquiétez pas, il nous reste quand même des bananes et des pommes !

Lundi 4 juin 2012

Vent d'Ouest 15 nœuds, tangon à tribord.

12h TU : rituel position et communication :
36°58'N – 36°04'W
distance parcourue en 24h : 133nm

La température de l'eau n'est plus que de 21°C.

Journée houleuse : fatigue !

La soirée est plus calme, nous assistons à un lever de lune de toute beauté. L'astre émerge dans toute sa rondeur au dessus de l'horizon, tout proche, orangé : une splendeur !

Mardi 5 juin 2012

La nuit a été relativement calme, l'équipage a bien dormi.

Dès 7h30, une nouvelle bonite à ventre rayée est remontée à bord, un peu plus grosse que la précédente. Poisson frais en perspective à la table du capitaine !

traversée retour

Des dauphins viennent nous dire bonjour, nous interceptons des messages VHF entre voiliers qui se rendent aux Açores...pas de doute, nous approchons.

18-20 nœuds de Sud Ouest, ça pousse fort de l'arrière et ça devrait monter dans l'après-midi.

Je passe ma matinée à bûcher les escales aux Açores...pour pouvoir répondre aux questions que le capitaine ne manquera pas de poser très bientôt.

12h TU : rituel position et communication :
38°22'N – 33°39'W
distance parcourue en 24h : 143 nm

La température de l'eau a perdu un nouveau degré : 20°C Il reste 131 nm

Pour notre dernier jour de traversée, nous recevons plein de messages, Yves, Sylvie, Jean-Charles et Danièle, Marc...ça fait vraiment plaisir !

A peine le temps de faire la sieste, le vent monte et la pluie arrive.

16h48 : il ne reste plus que 100 miles ! C'est bon quand le compteur tourne à deux chiffres et fait même défiler les dixièmes de mile après la virgule ! L'après-midi est désagréable, avec le Sud Ouest on a une houle croisée et de la pluie.

Plus que 20h à tenir.

Mercredi 6 juin 2012

Bon vent et belles vagues pour la dernière ligne droite sur Flores.

Le capitaine a mis une canne à l'eau mais ça remue trop fort pour je le laisse aller faire des acrobaties sur la plate forme pour se battre avec le poisson. En attendant les poissons mordent et ...se décrochent. Trois fois ! Aucun n'a voulu se laisser tirer jusqu'à Flores !

A 8h30 il ne reste plus que 10 nm et l''île de Flores dans la brume n'est toujours pas visible.

A 9h22, à 6,22 miles ça y est, elle est là devant nous !
traversée retour

Le pilote automatique, déréglé, réagit de plus en plus lentement...du coup sur les 10 derniers miles Jean-Claude a repris la barre. La négociation des grosses vagues de travers réclame réactivité et concentration. Il y aura des grandes vagues pratiquement jusqu'à la pointe sud de Flores où nous arrivons sous la pluie.
La jetée de Lajes
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A 10h30, nous entrons dans le tout petit port de plaisance de Lajes. La pluie cesse. Gentil accueil...nous attendons un petit quart d'heure à couple d'un autre bateau et nous nous amarrons au ponton B, une bonne place entre deux bateaux français dont nous ferons la connaissance ...plus tard !

Notre traversée de l'Atlantique Saint-Martin-Flores aura duré : 15 jours et 14h30

Nous sommes ravis, de l'avoir fait et d'être arrivés pas trop fatigués.

Commentaires

1. Le lundi 11 juin 2012, 10:13 par jpla

Le petit port de Lages, à Flores, est tout nouveau ou en court de construction.
Pouvez-vous nous dire comment il est ou sera lorsque terminé ?
Merci.

2. Le lundi 11 juin 2012, 11:06 par Doug Le

Réponse sur le port de Lajes dans le prochain billet

3. Le lundi 11 juin 2012, 11:49 par rozamian

Comme j'ai aimé ce billet!!!!!Pas trop technique.
Tellement beau dans le ressenti de l'équipage et de Dougle Le....Merci de m'apporter de l'émotion: en lisant ce billet je me suis sentie avec vous : la houle,le froid et enfin la vue de l'île.....
Bisous à vous 2.
D et J-C

4. Le lundi 11 juin 2012, 15:54 par Marie-Noëlle

Eh ben, j'aurais bien aimé être à ta place ;-) ça semble avoir été une traversée de rêve !

5. Le lundi 11 juin 2012, 17:44 par rozamian

Bonjour vous 2,
Est-ce que cette île porte bien son nom?
Danielle.

6. Le lundi 11 juin 2012, 19:10 par genevieve

Beau récit.; Doug-le a fièrement marché; vous avez fait une si belle nav et êtes de tels marins que le néophyte pourrait presque penser que ce n'est pas si difficile que ça!!...quant à moi, il n'y a que la partie traversée de l'anticyclone que je me sens prête à affronter !
Bises à tous les deux
ge

7. Le mercredi 13 juin 2012, 10:47 par mapa

Vents vagues eau à perte de vue, des jours et des jours!!!
Vous l'avez fait. Bravo !
Bisous