Bilan après notre première transat

1- Durée, distance, trajet, stratégie

Nous sommes partis de Las Palmas le 23 décembre 2010 à 8 heures du matin et sommes arrivés au Marin le 15 janvier 2011 en fin de matinée. Notre voyage aura duré 24 jours soient : 576 heures.

La route que nous avons suivie nous a fait passer très au sud à quelques 200 miles du Cap Vert. Au bout du compte nous avons parcouru 3006 miles.
Les positions à 12h TU sur la carte électronique

trace ordi

La première partie du voyage, jusqu’au 8ème jour a été plutôt lente (à la recherche du vent !) notre moyenne se situant autour de 110 miles par jour. A partir du 9ème jour, nous touchons les alizés et la cadence augmente, nous passons à 130 miles par jour. Finalement, 3006 miles en 576 heures, cela nous donne une moyenne de 5,2 nœuds… ni très vite, ni très lent : honnête !

Si c’était à refaire dans les mêmes conditions météo : nous viserions le Cap Vert d’entrée de jeu et nous y arrêterions 24 ou 48 heures. En effet, il fallait faire du sud dans le tout petit temps et le sharki pouvait même encaisser, compte tenu de ses réserves en carburant, une option alizés perkins sur quasiment tout le trajet jusqu’au Cap Vert.

Nous avons été surpris par la permanence et l’ampleur de la houle de Nord Ouest. Elle était générée par des dépressions se qui se déplaçaient tout à fait au nord (45-50ème Nord et au-delà) ce qui ne l’empêchait pas de se répandre généreusement jusqu’au 15ème Nord…ce qui fait loin ! Elle nous aura secoué, un peu, beaucoup, trop par moment…même si on s’habitue bien sûr !

Enfin, lorsque nous avons touché les alizés ils étaient plutôt soutenus 20- 25, voire 30. Cela nous a obligé à réduire la toile, notamment la nuit, et paradoxalement nous aurions sans doute été plus rapides avec des alizés un peu moins forts et un spi à poste !

2- Vie à bord

Comme toujours sur Doug Le, la nourriture a été soignée. Le chef a cuisiné à tous les repas sauf 2. Les protéines animales ont été largement fournies par le produit de la pêche : en tout 5 poissons. Mais nous n’en avons pas demandé plus ! Il faut dire que la pêche pouvait s’avérer sportive, voire acrobatique, certains jours ! Mais chaque fois que nous avons mis les lignes à l'eau nous avons remonté rapidement un poisson.

Le 10 janvier nous dégustions encore de la soupe de légumes « maison » et nous avons pu manger des fruits jusqu’au bout.

La veille de nuit s’est organisée de manière spécifique. En effet, lorsqu’on navigue près des côtes, ou en zones fréquentées, il faut impérativement exercer une veille attentive de l’environnement : les autres bateaux. L’objectif est de parer une éventuelle collision.

Prête pour la veille attentive

veille attentive Dans le même temps on surveille la bonne marche du bateau. Dans ces cas-là, nous restons éveillés et alternons la veille toutes les deux heures.

En haute mer, lorsqu’on ne croise un cargo que tous les dix jours (cargo qui par ailleurs est signalé de façon sonore par l’alarme AIS) c’est la bonne marche du bateau qui importe : réduire sous les grains, éviter l’empannage …Là, le capitaine avait choisi de dormir plutôt dans le cockpit…prêt à intervenir ; il m’a laissé très souvent la couchette de mer.


La veille au large

veille au large

Dans un cas comme dans l'autre, la nuit, dans le cockpit , nous sommes toujours attachés par le harnais intégré à la veste de quart.

L’AIS est un assistant de veille extraordinaire : il « voit » tous les gros bateaux à 50 miles au moins, il indique leur route et leur vitesse, il sonne lorsqu’il y a route de rencontre, on visualise sur l’écran si le navire passe devant ou derrière et on a même son nom et son N° si on veut l’appeler. Au large, ça autorise de fermer les yeux un moment sans angoisse. En effet à cette distance de la côte il n’y a plus de pêcheurs et les plaisanciers vont tous dans le même sens…

3- Communications

L’iridium est une merveille : nous avons pu envoyer et recevoir des messages tout au long de la traversée. Nous avons pu jusqu’au 1er janvier envoyer très facilement des requêtes météo…et puis (iridium n’est pas en cause bien sûr !), météo France a changé son interface navimail…il fallait télécharger la nouvelle version …en pleine mer ! Alors, grâce à iridium nous nous sommes fait router : très bien.

RFI nous a donné des infos et la météo tout au long. Nous avons donc franchi les zones Canarias et Cape Verde du Nord-Est au Sud-Ouest, puis d’Est en Ouest le sud des zones Alizés Ouest, et Est Antilles, lorsqu’on aborde les zones Nord et Sud Antilles on est arrivé…ou presque.

On a très peu utilisé la VHF…parce qu’on ne rencontre quasiment personne. Mais chaque fois (4 en tout !) cela nous a fait un intermède sympathique.

4- Avaries

Aucune : juste le feu de navigation tribord arraché lors d’un affalage de spi peu orthodoxe ! Deux appareils électroniques hors service à cause d’une méchante vague entrée dans le carré : mon MP3 et le petit note book !

5- Santé

Aucun problème physique ou physiologique à signaler : juste un peu de fatigue à l’arrivée. Aucun problème psychologique non plus. Coupure d’avec le reste du monde, solitude à deux, ont fait partis des plaisirs de la traversée.

6- Culture

Musique : pour les deux…mais mon MP3 a péri sous une vague ! Lecture : pour les deux…mais je le bats ! Depuis le départ de Canet : 35 à 13 ! Ecriture : pour moi.

7- …et maintenant !

Profiter des tropiques.

Commentaires

1. Le mardi 25 janvier 2011, 11:09 par Jean Marie

Bonjour,
J'ai connu ce blog grâce à Ge et Yves de vos amis !inutile de dire que j'ai littéralement suivi et bu le récit de la traversée ,attendu les updates avec impatience ,apprécié le côté "nav" de l'aventure de même que le bilan et apprécié l'ensemble à sa juste valeur.Ancien marin du commerce j'ai fait ce voyage du Havre à Basse terre et retour sur Goteborg.Cela fait bien longtemps et lors du voyage vers les sud à l'hiver 1963 notre banannier de 100 mètres roulait fort dans les vents de NE rencontrés après avoir laissé les Açores à Td et les avoir toutefois entr'aperçues:mais comme nous faisions route Sud ledit vent faisait refluer les fumées d'échappement de notre DOXFORD de 6500 ch vers l'avant du navire et la poésie du moment en prenait un rude coup ,mais bon ....Le récit de" Doug Le" tout empreint de réalisme et de douceur de vivre est un plaisir,je pense qu'il faut avoir goûté toutes ces heures par soi même pour en apprécier toute la saveur et souligner de belle façon que la mer est encore un de ces espaces ou la beauté de notre planète est toute palpable ,la liberté en mer une réalité et l'attachement que l'on porte à son bateau du domaine de l'humain.Longue vie à Doug le et à son équipage et très agréable séjour dans la Caraïbes.
Jean Marie

2. Le mercredi 02 février 2011, 10:32 par Yann

Une lecture enrichissante et agréable. C'est bon de vous savoir en bonne santé et ravis de votre expérience. Il me tarde néanmoins très égoïstement de vous retrouver afin de partager de "vive voix" ces aventures extraordinaires. Sur la route des corsaires et de Christophe Colomb, images magnifiques invitant au rêve et à l'imaginaire... Je me régale à chaque lecture.
Je vous embrasse fort et vous souhaite un toujours bon vent...